Photo des participants à la table-ronde

L’une des Tables-Rondes de l’après-midi était consacrée à la question du lien entre coworking et aménagement du territoire.

Participaient à cette table ronde :

Animé par Bertrand PARIS (Tadaa’)

Lise-Marie MARCHAND présente Îlink , futur écoquartier sur l’île de Nantes en 2018, pour lequel l’association expérimente trois espaces en partenariat avec les pouvoirs publics : la Terrasse, le Petit Salon, et le Patio. Il s’agit d’un programme immobilier ambitieux, couplé à un grand projet de réaménagement urbain.

Dès le départ, il y avait la volonté de réfléchir à plusieurs, notamment avec les futurs usagers, pour animer et insuffler une vie de quartier. Comment l’immobilier peut-il répondre à ces deux questions ? La réflexion a été menée en amont avec l’ensemble des parties prenantes : aménageurs, promoteurs, architectes, futurs usagers. L’association a alors fait émerger des besoins et des idées : espace culturel, atelier bricolage, espace de coworking…

Son terrain d’expérimentation est situé rue des Olivettes, dans le centre de Nantes. Les espaces sont avant tout des lieux de vie inscrits dans un projet de territoire, où les coworkers sont vus comme des citoyens. Différents services ont été développés pour eux : distribution de paniers bio, venue de food trucks, dégustation de produits locaux, achats groupés de vin, de viande, services d’une coiffeuse, d’une retoucheuse, d’une couturière. L’offre dépasse les coworkers pour inclure tous les habitants du quartier, tout en multipliant les portes d’entrée professionnelles.

Ce qui est très important, c’est le fait qu’il y ait une personne dédiée en animation, pour maximiser le lien avec les coworkers, les voisins, identifier les compétences. La présence physique est indispensable, représente au moins un temps plein, voire deux.

Denis VERRON de Neomobis travaille sur deux axes : l’accompagnement des entreprises au télétravail, et l’accompagnement des communautés de communes pour gérer l’impact des nouvelles organisations du travail sur leur territoire. Il est également spécialisé sur la mesure de l’impact social.

Dans ce cadre, une étude a été réalisée auprès de 18 coworkers de la rue des Olivettes à Nantes pour comprendre ce qui les a amenés à choisir de mode de travail ce qu’ils en retiraient après une année. Les animateurs ont également été interrogés.

Le fait saillant est l’isolement précédemment vécu par les coworkers. Tous avaient été salariés depuis chez eux, où il est compliqué de travailler, tant pour la qualité du travail lui-même que du fait de la perception du lieu de vie 24h24. Il y a une perte de repères, une absence de séparation entre les sphères privée et professionnelle. Travailler dans un espace de coworking, c’est aussi se montrer sous un jour plus professionnel, pour recevoir des clients dans un cadre dédié plutôt que chez soi.

Nicolas DUPUY du Syndicat mixte de l’Ardèche Méridionale présente leur dispositif, La Trame. Sur leur territoire, la plus grande ville ne fait que 1000 habitants ; il est éloigné des réseaux routiers, et l’activité économique concerne surtout des petites PME.

Tout est parti d’une histoire anecdotique en 2012 : il a été contacté par le maire d’une très petite commune, où quatre personnes voulaient se regrouper et investir dans des bureaux communs. Au début, il s’agissait d’aider la collectivité dans son investissement ; le maire ne voulait pas trop investir à cause du risque et de son manque de moyens.

Il s’est alors dit qu’il faudrait capitaliser sur cette initiative, l’élargir sur le territoire pour toucher d’autres intéressés. Un site internet a été ouvert, la Trame, renforcé par une forte présence sur les réseaux sociaux, beaucoup de retombées médiatiques (France 3). Des contacts ont été identifiés puis mis en relation via des réunions conviviales en soirée, et un collectif d’une centaine de personnes s’est créé.

Jean POULY du Club Melchior évoque le cas de son espace situé en territoire périurbain, dans une commune de 4000 habitants en croissance, Charly. Une association a été montée autour du projet, en lien avec les pouvoirs publics, pour occuper un lieu très particulier : le bâtiment a 300 ans et est situé au sein d’un parc de 7 hectares. La commune a préempté le bien, a réalisé les investissements et a proposé le lieu aux citoyens.

C’est aujourd’hui un espace de coworking de 150 m² avec des salles de réunion et des bureaux fixes, mais également un théâtre de 200 places et un centre culturel. L’équilibre économique a été atteint mais ne dégage pas des marges phénoménales.

La logique de réseau ne s’improvise pas, il faut une communauté. Comme Neomobis, le premier constat est celui de l’isolement dont les travailleurs veulent sortir.

Marion MAJOU a créé Entrelac à Annemasse en 2014, sous statut privé. L’espace est donc situé en Haute-Savoie, entre le lac et la montagne, à la limite de Genève mais au cœur du Grand Genève, c’est-à-dire du canton de Genève et des communes françaises environnantes. La problématique locale est celle du transport, l’écosystème entrepreneurial attendant le Léman express.

Pour ce qui est du contexte économique, Genève est un gros pôle d’attractivité, bien que la crise soit passée par là : il y a beaucoup de couples au sein desquels l’un est salarié, l’autre est travailleur/se indépendant(e). Le défi pour Annemasse est de sortir d’une image de cité-dortoir, ce qui conduit notamment la commune à créer un éco-quartier près de la gare.

Entrelac a été créé en bonne intelligence avec le projet de pépinière d’entreprise voisine. L’espace partage des moyens avec elle : cuisine, salles de réunion, animation. Il est à l’équilibre économique, la pépinière se remplit progressivement. Deux mondes se télescopent, privé et public, mais la vision commune permet à l’ensemble de fonctionner.

Quel intérêt pour les entreprises du territoire ?

Jean POULY (Club Melchior, Econum) : Il y a un intérêt réel mais deux briques manquent encore au dispositif. En premier lieu, les salariés en télétravail. Les indépendants constituent la clientèle principale des espaces, alors qu’il est difficile de sensibiliser les RH, les décideurs à ces nouvelles formes de travail pour leurs salariés.

En second lieu, les collectivités pourraient donner l’exemple ! Par exemple, Amsterdam a créé des Smart Work center et a décidé que 20% de ses agents iraient travailler dans ces espaces, tout en réalisant des économies immobilières. Les agents de la ville de Lyon pourraient donner un signe politique, un signe positif envers les grandes entreprises. Il est absurde que la seule solution en cas de pollution pendant 60 jours soit la circulation alternée et l’installation de péages urbains !

Quel rôle les territoires peuvent-ils jouer ?

Denis VERRON (Neomobis) : Pour les communautés de communes, le numérique est souvent la panacée, à tort : « je veux une cantine numérique » alors que cela ne correspond pas forcément au territoire.

Nicolas DUPUY (Syndicat mixte de l’Ardèche Méridionale) : L’installation de la fibre est importante mais tout ne se joue pas là-dessus. On peut développer des espaces sans fibre, ça ne les empêche pas de partager au quotidien.

Marion MAJOU (Entrelac) : La fibre n’est pas encore arrivée à Annemasse. Ce qui compte sur le territoire, c’est aussi la notion de circuit court, des appels d’offre locaux auxquels les coworkers répondent. Si on veut que ces petits indépendants tiennent le choc, il faut les soutenir.

Quels métiers sont représentés dans les espaces ? Y a-t-il des artisans ?

Bertrand PARIS (Tadaa’) : Il existe du coworking d’artisans à l’Usine Vivante, avec des ateliers partagés. Autour de Lyon, ce sont plutôt des groupes d’artistes.

Lise-Marie MARCHAND (Îlink) : Il n’y a pas de sélection à l’entrée, tous les profils sont représentés : créatif, culturel, designer, vidéaste, urbaniste, architecte, voire des profils inhabituels comme des océanographes… même avec des profils variés, à force de se côtoyer, on crée des ponts alors qu’on peut avoir l’impression au départ que ce n’est pas possible.

Coworking des villes, coworking des champs : y a-t-il une différence ?

Jean POULY (Club Melchior, Econum) : En dehors des grandes villes, il y a moins de startups, la moyenne d’âge est plus élevée et les centres d’intérêt sont différents : un atelier sur les réseaux sociaux va attirer moins de monde qu’une initiation à la sophrologie, que des thématiques bien-être.

Ce qui est le plus surprenant dans les villages, c’est les gens ne se connaissent pas forcément, alors que c’était le cas auparavant. L’espace devient vraiment un lieu de socialisation, de rencontres, non seulement à l’échelle du village mais jusqu’aux communes avoisinantes.

Cela pose la problématique de l’équilibre entre les initiatives isolées de villages plus petits, qu’il faut mutualiser : la zone de chalandise est restreinte et le modèle économique plus compliqué à bâtir qu’en ville. On vient dans un espace de coworking parce qu’il y a du monde, il y a donc une masse critique à atteindre : il faut donc sortir de la logique de clocher. Les communes voulaient auparavant toutes leur médiathèque et leur piscine, et veulent maintenant toutes leur espace de de coworking.

marion Majou - chercheuse

Y a-t-il des exemples de mise en réseau d’espaces sur un territoire ?

Marion MAJOU (Entrelac) : Ce n’est pas formel avec Genève mais c’est nécessaire. Il n’y a pas de concurrence entre les espaces Alex Hillman disait que « certains aiment aller au resto thaïlandais, d’autres aiment des pizzas » : c’est pareil avec le coworking, on cherche une ambiance et une spécialisation qui nous correspondent.

On devient membre de la communauté par abonnement : l’accès au réseau est plus important que l’accès au lieu.

Nicolas DUPUY (Syndicat mixte de l’Ardèche Méridionale) : Nos espaces sont très petits mais nous travaillons sur le réseau. Même les personnes qui ne sont pas physiquement dans l’espace font partie d’un réseau global, il y a de la co-animation entre les espaces. Un hackathon a même été lancé sur le territoire !

Lise-Marie MARCHAND (Îlink) : Il existe une page Facebook pour les nombreux espaces de coworking de la rue, La République Démocratique des Olivettes.

Denis VERRON (Neomobis) : On ne connaît pas la maturité du marché. Les espaces sont plutôt pleins ; il y en a presque 40 espaces recensés à Nantes, mais tous ne font pas vraiment du coworking.

Il existe un collectif à Lyon, Coworking Grand Lyon. Pourquoi tous les espaces n’en font-ils pas partie ?

Denis VERRON (Neomobis) : Une charte a été mise en place pour évaluer les propositions d’adhésions.

Jean POULY (Club Melchior, Econum) : La notion de tiers-lieu est variable. Il y a parfois la tentation de dire que les anciens tiers-lieux (Poste, centres sociaux) vont pouvoir rejouer un rôle, sauf qu’on a maintenant besoin d’espace de travail. Mélanger les usages, en incluant par exemple des étudiants, n’est pas si simple que ça. Pour favoriser ce nouveau mode de travail, il faut être clair sur l’offre, ce qui n’empêche pas de penser des complémentarités : par exemple à Melchior, l’espace étant voisin du lieu culturel.

Le coworking peut-il être le support de la relocalisation vers le rural ?

Jean POULY (Club Melchior, Econum) : On nous promet l’envolée du télétravail depuis 30 ans alors que dans les faits, c’est l’inverse qui s’est passé niveau chiffres. Avec le numérique, les choses peuvent certes avancer plus vite, mais la question du transport reste problématique. Le coworking ne suffit pas ! Les infrastructures physiques doivent être doublées d’infrastructures humaines.

Même à Lyon où la dynamique du coworking est très forte, il y a seulement quelques espaces périurbains.

Denis VERRON (Neomobis) : C’est le cas dans certaines régions : le collectif des tiers-lieux en Aquitaine, la Métropole de Nantes qui donne l’exemple en signant un accord de télétravail…

Nicolas DUPUY (Syndicat mixte de l’Ardèche Méridionale) : L’Ardèche est le seul département sans gare de voyageurs de France. La plupart des coworkers sont des anciens urbains, revenus en Ardèche et qui connaissent déjà le concept.

deux intervenants

Y a-t-il des recettes universelles en coworking ?

Denis VERRON (Neomobis) : Un des critères qui joue le plus est la mixité ou non dans les profils : il est impossible de se sectoriser en périurbain ou rural. Le corollaire est la perception de la concurrence par les coworkers : exclusive ou complémentaire ? Certains espaces ont des critères de sélection définis, sur les métiers ou la parité homme-femme.

Lors des équipes sont composées de plus de 3-4 personnes, cela crée une nouvelle culture dans l’espace, et recrée des barrières.

Lise-Marie MARCHAND (Îlink) Le constat est le même sur les équipes. Il est très important que l’animateur soit là pour gérer l’équilibre dans la communauté, et dans l’aménagement de l’espace.

Jean POULY (Club Melchior, Econum) : La question des bureaux privatifs se pose souvent. Melchior en a trois à l’étage du coworking. Si on n’en a pas, il est possible de passer des partenariats avec les pépinières.

Marion MAJOU (Entrelac) : À Annemasse, la pépinière classique n’était pas suffisante car les gens recherchaient du réseau, une communauté. Un étage a été aménagé avec 100 m² de coworking, une vingtaine de places, géré par Entrelac. La spécialisation de la pépinière dans des projets de développement durable, ainsi que le fait que son hébergement soit limité dans le temps, évite les comparaisons de la part des coworkers.

Entrelac a également passé un marché avec l’agglomération pour gérer l’animation de la pépinière, la prestation compensant le loyer.

Quel est le montage financier de vos espaces ?

Lise-Marie MARCHAND (Îlink): Une convention au titre de l’innovation sociale a été passée avec Nantes Métropole et la Région, sur 3 ans jusqu’à fin 2016. Îlink est maintenant entièrement autonome. Au-delà du coworking, l’aide a aussi concerné les autres volets du projet : services partagés, accompagnement des futurs usagers…

Jean POULY (Club Melchior, Econum) : La collectivité a réalisé tous les investissements : Région, Grand Lyon, Fondation du Patrimoine. Cela a permis de proposer le coworking à un loyer très modéré : gratuit la première année, moitié prix la seconde, normal ensuite.

Nicolas DUPUY (Syndicat mixte de l’Ardèche Méridionale) : La collectivité met en réseau mais les collectifs fonctionnent sans financement public.

Quel est votre statut ?

Marion MAJOU (Entrelac): Statut privé.

Témoignage de l’Atelier des médias: Statut privé, la Macif a d’abord prêté des lieux puis en a été le garant.

Bertrand PARIS (Locaux Motiv’): Privé, aucune aide sauf la Région qui a financé un poste pour créer le projet, en amont puis sur un poste autour du développement de projets, pas sur une fonction de « couteau suisse ». La caution était énorme pour des locaux dans un état peu reluisant, dans un quartier à l’époque peu attractif. Le bail arrive au bout des six ans, que va-t-il se passer maintenant ?>

Témoignage de la Capsule, espace de coworking à Reims : Le coworking a ététesté dans les bars, pour évaluer la demande. Puis un lieu a été mis à disposition pendant six mois par la ville. Les tarifs ont été bloquants au début. Un local vide de la CCI a alors été récupéré, ce qui a permis une baisse des prix. La convention avec la CCI est renouvelée de manière tacite, en échange de 90 animations/an, portées par des bénévoles.

participants à l'atelier

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